Feux : l'Europe va faire son retour d'expérience sur la flotte aérienne
Après un été où plusieurs pays ont sollicité les mêmes appareils en même temps, les États membres préparent un bilan destiné à renforcer les moyens partagés. La question n'est plus de mutualiser, mais de savoir combien d'avions pour combien de fronts.
Les États membres vont effectuer un retour d'expérience destiné à renforcer la flotte aérienne européenne de lutte contre les incendies. L'annonce, faite par une officière sapeur-pompier détachée auprès de l'Union, arrive au terme d'un été où le mécanisme de protection civile a été sollicité sur plusieurs fronts simultanés.
Le problème n'est plus la fréquence, c'est la simultanéité
Le principe de la mutualisation européenne repose sur une hypothèse implicite : les pays ne brûlent pas tous en même temps. Un appareil basé dans le sud peut donc être envoyé vers le nord, et réciproquement. Cet été a mis cette hypothèse à l'épreuve. La Belgique, longtemps considérée comme peu exposée, a demandé un appui aérien face à un incendie d'ampleur historique. La France a mobilisé ses moyens sur trois feux majeurs dans le seul massif landais. D'autres pays méditerranéens tournaient au même moment.
Ce n'est plus la fréquence des événements qui surprend les services de secours, c'est leur simultanéité.
Des solutions d'appoint révélatrices
Le signe le plus parlant de la tension n'est pas dans les communiqués, mais sur le terrain : dans les Landes, un hélicoptère Chinook prêté par l'Australie a effectué des largages au-dessus de Luglon. Faire venir un appareil de l'autre bout du monde pour un feu de 1 700 hectares en dit long sur la disponibilité des moyens européens à ce moment de la saison.
Ce que devrait examiner le retour d'expérience
- Le dimensionnement de la flotte partagée au regard de saisons désormais plus longues.
- Les règles de priorité entre États lorsque plusieurs demandes arrivent simultanément.
- Le renouvellement des appareils, dont une partie approche de la fin de vie opérationnelle.
- La formation croisée des équipages et l'interopérabilité des procédures nationales.
Le calendrier politique
Le sujet remonte au niveau ministériel à la rentrée, alors que la France mène de son côté une mission parlementaire sur les feux de forêt dont les conclusions sont attendues le 21 septembre. Les deux calendriers vont se croiser : difficile pour Paris de plaider un renforcement européen tout en arbitrant à la baisse ses propres moyens dans le budget 2027.
Reste la question qui décidera de tout, et qui est budgétaire plutôt que technique : un avion bombardier d'eau coûte cher, s'amortit sur des décennies, et son utilité se mesure en catastrophes évitées — c'est-à-dire en événements dont on ne parle jamais.
International — écrire à la rédaction